Critique : memória! -The Very Best of Yoko Shimomura-

Après l’éblouissant drammatica pour les 20 ans de carrière de la compositrice, Square Enix a décidé de remettre à l’honneur Yôko Shimomura cette année, pour ses 25 ans dans l’industrie de la musique de jeu vidéo. Le résultat est memória!, une compilation d’arrangements inédits de quelques-uns de ses jeux… Square Enix, forcément.

Le disque s’ouvre sur un piano quatre mains de « Dearly Beloved » de Kingdom Hearts, voyant Hiroyuki Nakayama et Shimomura elle-même s’illustrer dans une reprise généreuse et accrocheuse, très réussie. Il y a beaucoup de piano sur cet album, Shimomura oblige : ainsi Nakayama seul revient sur le thème d’Aya de Parasite Eve, propre et sans surprises, mais toujours aussi splendide, et qui se permet un clin d’œil à « Wheel of Fortune » dans ses dernières secondes. Le violoncelle vient accompagner le piano dans « The Revolving Wheel of Fate » de Heroes of Mana, pour une piste grave et mélancolique, remarquable arrangement de Natsumi Kameoka.

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Critique : Bravely Default Original Soundtrack

Sur le forum de Musica Ludi, on a beaucoup spéculé sur l’identité du compositeur de Bravely Default. De nombreux noms ont été cités, mais personne n’a pu trouver celui de l’heureux élu : Revo. En optant pour le leader de Sound Horizon, Square Enix a fait un choix des plus prudents, car c’est un artiste accompli, capable de créer des univers prolifiques et hautement narratifs.

Et si nous avons cru entendre les styles de plein d’autres compositeurs plus habitués à figurer au générique des RPG japonais, c’est bien parce que Revo n’est pas un inventeur de style ; cela ne veut pas dire qu’il n’a aucun talent, bien au contraire. Plutôt que d’inventer, il copie et parfait les styles de musique traditionnels de ces jeux, à travers des arrangements extrêmement raffinés, magnifiés par des enregistrements avec des musiciens aussi nombreux que doués.

Ainsi, s’il n’y avait qu’un seul mot pour résumer la bande originale de Bravely Default, ce serait bien « élégance ». Les cordes et les vents, tous présents en nombre, insufflent une incomparable sensation de légèreté aux différents morceaux d’exploration, qu’ils soient paisibles (« Land of Beginnings ») ou mystérieux (« Cave of Darkness »). Les quelques rares thèmes mélancoliques, « World of Scattering Flowers » pour ne citer que lui, sont absolument magnifiques. Il y a même une qualité presque mystique dans certaines pistes, comme « A Crystal’s Sparkle », dans laquelle on ressent bel et bien la lumière étincelante du cristal. On croirait presque entendre une composition de Hitoshi Sakimoto

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Critique : Silent Hill 2 Original Soundtracks

Critique de Florian

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Pistes coup de cœur :
Theme Of Laura – Promise (Reprise) – Terror In The Depths Of The Fog

Quand il sortit en 1999, le premier volet de la saga Silent Hill laissa peu de joueurs indifférents. Le genre « survival horror » avait beau être encore très jeune, le jeu de Konami Tôkyô en proposait déjà une approche radicalement nouvelle : là où ses prédécesseurs (Resident Evil en tête) misaient avant tout sur l’omniprésence du danger, soulignée par une mise en scène extrêmement tendue et pleine d’effets spectaculaires, pour inspirer la peur au joueur, Silent Hill jouait la carte de l’horreur psychologique. L’univers dans lequel il nous plongeait n’était pas seulement hostile, il était aussi et surtout horriblement malsain, plein de perversions, portant les horribles plaies que lui avaient infligées des rituels sectaires sadiques. Inspiré par cette démarche, Akira Yamaoka demanda lui-même aux producteurs du jeu qu’ils lui en confient la bande sonore. Il écrira alors une musique particulièrement radicale, totalement déstructurée, faite de collages de sons lugubres et étouffants. Tellement radicale, en fait, que les créateurs du jeu eux-mêmes eurent du mal à l’accepter : quand Yamaoka leur fit écouter ses créations pour la première fois, l’un d’entre eux les trouva tellement bizarres qu’il finit par se lever et aller vérifier les branchements du système sonore, croyant à un problème technique ! Le grand succès critique du jeu et de sa bande son leur donnera toutefois raison de s’être finalement laissé convaincre. Poursuivre la lecture

Critique : Symphonic Fantasies Tokyo

Quand on s’épuise pendant des années à faire comprendre que la musique de jeu vidéo est bel et bien de la musique qui s’écoute et s’apprécie, on est heureux d’accueillir un tel CD. Il suffit de lancer ses morceaux immenses en taille et en nuances pour ouvrir le plus simplement du monde les portes de mondes magiques.

Enregistrement de l’édition japonaise de ce qui était sans doute le plus bouleversant de tous les concerts de musique de jeux jamais réalisés, Symphonic Fantasies Tokyo ne donne jamais à ces orchestrations un simple goût de transposition rapide. Chaque suite a fait l’objet d’un travail d’arrangement aussi audacieux que somptueux, ne perdant jamais les qualités des thèmes d’origine. Au contraire, elles révèlent souvent des mélodies dont on ignorait le potentiel.

Dans le cas de « Final Fantasy », on sait bien qu’il doit être difficile de ne choisir qu’une demi-douzaine de thèmes parmi le répertoire gigantesque de Nobuo Uematsu, mais en évitant d’espérer telle ou telle reprise, on se laisse aisément emporter par la majesté et l’entrain de la suite. L’arrangeur Jonne Valtonen s’est même amusé avec la légende en tranchant littéralement dans « One-Winged Angel » avec le thème des chocobos, preuve s’il en est que Symphonic Fantasies se moque bien des attentes irréfléchies. Poursuivre la lecture