Play for Japan

Critique de Clément

Fiche de l’album

Pistes coup de cœur :
Greater Lights – Ex Animo – Maverick Regeneration

Cet album est particulier à plus d’un titre. Tout d’abord, le nombre conséquent d’artistes, ainsi que leurs styles aussi divers que variés, font qu’il est difficile de dégager une quelconque homogénéité à l’album. De plus, celui-ci ayant été produit à des fins caritatives, on ne peut décemment pas le critiquer au même titre qu’un disque « classique » – à moins ne n’avoir pas de cœur. Enfin, le prix est dérisoire : comptez 9 € pour 18 pistes. Dommage, cependant, que certains compositeurs – et non des moindres – n’aient apporté leur contribution que par une musique/chanson déjà existante ; je parle de messieurs Uematsu et Mitsuda*. Leur seule présence sur l’album est certes un soutien inconditionnel, mais composer spécialement pour l’occasion aurait été, je pense, bien plus symbolique. Mais relativisons. En tant que superviseur du projet, Akira Yamaoka se devait de proposer un morceau nouveau, et il nous a préparé un petit bijou à la guitare électrique digne des meilleures pistes de Silent Hill, le son « sale » en moins. Bear McCreary opte lui pour un morceau progressif partant d’un son 8-bit pour se transformer peu à peu en hard rock énergique. D’autres sont dans un style tout à fait orchestral et partagent un point commun : leur contribution est à la fois tragique et porteuse d’espoir, des émotions en parfaite adéquation avec le principe de l’album.

C’est notamment le cas de Nobuko Toda et ses nappes de cordes déchirantes ; ou de Laura Shigihara et sa voix candide ; ou bien de Tommy Tallarico et sa chanson mélancolique montant en puissance ; ou encore de Woody Jackson et sa piste d’ambiance relaxante ; mais aussi de Laura Karpman et ses chœurs semblant faire tourner la Terre au ralenti. Les amoureux d’électro en auront aussi pour leur compte grâce à des maîtres du genre, Mitsuto Suzuki et Hirokazu Tanaka, tous deux aisément reconnaissables grâce à leurs styles si singuliers. Il y a même un medley de Super Mario pour deux pianos ! La boucle est bouclée. Le tour de force de Yamaoka est non seulement d’avoir réuni des compositeurs de tous horizons, mais surtout de les avoir unis sous une même bannière ; bien qu’hétérogène, cet album est un formidable hommage à la fois à la musique de jeu et, bien entendu, aux victimes et sinistrés du 11 mars 2011. Listen for Japan.

Très bon

* La piste de Uematsu vient de 10 Short Stories et celle de Mitsuda, du futur Chrono Cross Arrange ; on l’avait entendu sur le site de Procyon l’hiver dernier

Des informations sur la musique de Skyward Sword

L’arrivée d’un nouvel épisode de la série Zelda est toujours un évènement. La prochaine aventure de Link aura lieu cet automne sur Wii avec The Legend of Zelda : Skyward Sword, et la sortie approchant à grands pas, plusieurs informations intéressantes concernant la musique ont été révélées.


Les compositeurs Mahito Yokota et Koji Kondo

Concernant le jeu lui-même, Mahito Yokota, compositeur principal des deux Super Mario Galaxy, révèle qu’un instrument de musique de l’importance de l’ocarina dans Ocarina of Time aura sa place dans Skyward Sword, sans toutefois en dire plus. Les habitués de la série Zelda connaissent bien la place que Nintendo alloue à la musique au cœur du gameplay : outre le célèbre ocarina évoqué plus haut, Link utilise une baguette de chef d’orchestre dans l’épisode The Wind Waker, l’un des objets cachés du tout premier volet de la série était une flûte à bec, et l’épisode Link’s Awakening sur Game Boy demandait au joueur d’assembler un orchestre entier pour réveiller le mystérieux  Poisson-Rêve.

Concernant la bande originale de Skyward Sword, Yokota s’avère un peu plus bavard lors d’un récent Iwata Asks dédié à l’adaptation d’Ocarina of Time sur 3DS. Voici donc ce qu’on y apprend :

– Nintendo a fait appel à un orchestre ainsi qu’à plusieurs musiciens d’instruments folkloriques
– L’ambiance sonore a été confiée à Hajime Wakai (compositeur de Lylat Wars, Pikmin, The Wind Waker)
– Yokota ainsi qu’un autre compositeur de Tokyo sont impliqués dans la bande originale du jeu
– Yokota s’est principalement occupé des pistes orchestrales
– Des airs connus de la série seront revisités et orchestrés
– Koji Kondo n’a composé que très tardivement pour le jeu, et son travail a été bouclé après une nuit blanche
– Selon Shigeru Miyamoto, la musique orchestrale s’adapte mieux à Zelda qu’à Mario
– Dès son arrivée chez Nintendo, Yokota a fait pression pour qu’il y ait de la musique orchestrale dans Zelda
– Cela lui a été refusé à plusieurs reprises mais cette décision fut finalement validée à l’occasion des 25 ans de la série
– Yokota aimerait que de nombreux morceaux du jeu soient interprétés en concert

En dépit de toutes ces informations, nous ne savons toujours pas si Nintendo prévoit de publier une bande originale pour Skyward Sword, que ça soit à la vente libre ou uniquement pour les membres du Club Nintendo (comme c’était le cas pour les musiques des Super Mario Galaxy).

Source : Iwata Asks et Eurogamer

Play for Japan

Album coopératif en faveur des sinistrés du Japon.

Date de sortie : 20 juin 2011
Prix : 9,99 dollars
Distribué par iTunes Store

Composition & arrangements :
Nobuko Toda, Laura Shigihara, Penka Kouneva, Tommy Tallarico, Mitsuto Suzuki, Jason Graves, Woody Jackson, Akira Yamaoka, Sean Murray, Laura Karpman, Nobuo Uematsu, Bear McCreary, Hip Tanaka.β, Chance Thomas, Arthur Inasi, Inon Zur, Kôji Kondô, Yasunori Mitsuda


Cet album rentre dans la cadre du projet Play for Japan, pour lequel nombre d’acteurs du milieu du jeu vidéo se sont mobilisés en faveur des victimes du tsunami du 11 mars dernier. Il réunit plusieurs grands noms de la musique de jeu, aussi bien Japonais qu’Occidentaux. Supervisé par Akira Yamaoka,
Play for Japan est disponible sur l’iTunes Store uniquement. Si certains compositeurs ont joué la carte de la modestie en proposant des morceaux déjà existants sur d’autres disques (la piste de Nobuo Uematsu provient par exemple de 10 Short Stories), d’autres se sont montrés plus inventifs. Au hasard, Laura Shigihara (qui a composé pour le jeu Plants vs. Zombies) accompagne de sa voix douce un morceau à la harpe et au piano ; Mitsuto Suzuki nous sert une piste dans son style électro caractéristique ; Inon Zur choisit quant à lui une complainte interprétée par un quatuor de cordes. Vous l’aurez compris, l’album est très éclectique – normal puisque les artistes viennent tous d’horizons différents.

Yamaoka lui-même a avoué qu’à l’époque où le projet s’est construit, pas moins de 38 compositeurs ont manifesté leur intérêt ! Ainsi, comme il était impossible de tout réunir sur un seul disque, un volume 2 a été planifié puis a vu le jour en 2012. L’album a connu quelques difficultés au niveau des droits, sa sortie a donc été décalé de plusieurs semaines pour finalement voir le jour le 15 juillet.

Liste des pistes

Disque 1 (durée totale : 73:07)

01 Reminiscence (Nobuko Toda) 3:14
02 Jump (Laura Shigihara) 4:42
03 White Cloud (Penka Kouneva) 1:34
04 Greater Lights (Tommy Tallarico) 3:52
05 Play For You (Mitsuto Suzuki) 5:52
06 Necromancer (Jason Graves) 3:35
07 Moshi Moshi (Woody Jackson) 5:29
08 Ex Animo (Akira Yamaoka) 5:29
09 The Temple Stone (Sean Murray) 3:31
10 Pine Wind Sound (Laura Karpman) 4:10
11 Every New Morning (Nobuo Uematsu) 4:42
12 Maverick Regeneration (Bear McCreary) 4:08
13 HVC-1384 (Hip Tanaka.β) 6:16
14 Rise Up (Chance Thomas) 3:29
15 We Are One (Arthur Inasi) 3:32
16 Remember (Inon Zur feat. The Lyris Quartet) 2:29
17 Super Mario Medley On Two Pianos (Kôji Kondô) 4:42
18 Dimension Break (Yasunori Mitsuda) 2:21

La création des musiques de Super Mario Galaxy 2

La bande originale du premier Super Mario Galaxy (2007) s’était faite remarquer grâce à la beauté de ses orchestrations et à l’ingéniosité de ses morceaux interactifs. Après avoir lourdement insisté auprès de Shigeru Miyamoto, le compositeur Mahito Yokota de la branche de Nintendo à Tokyo avait en effet réussi à faire enregistrer une partie des musiques avec un véritable orchestre, une première dans un jeu Mario. Sous la supervision avisée de Kôji Kondô, l’univers musical de la série venait de connaître un tournant, et la presse comme les joueurs s’en étaient réjouis. Il était donc impossible pour Nintendo de faire machine arrière avec le deuxième épisode. Pourtant, c’est la boule au ventre que l’équipe musicale du jeu présenta ses idées à Miyamoto.

Alors que débutait le travail sur Super Mario Galaxy 2, l’équipe de Mahito Yokota craignait que les difficultés rencontrées lors des enregistrements du premier épisode ne décide Shigeru Miyamoto à adopter une autre méthode. Soucieuse de préserver le même degré de qualité et d’originalité, ils préparèrent ensemble un dossier complet expliquant les bénéfices de la musique orchestrée. Lorsqu’ils le présentèrent finalement à Miyamoto, ils furent surpris de le voir approuver leur décision rapidement et sans aucune inquiétude. C’est que pour Miyamoto, les choses étaient déjà décidées. Comme le premier Galaxy optait déjà pour cette formule, les fans n’en attendraient pas moins de la suite.

En conséquence, la bande originale de Galaxy 2 propose de nouvelles pistes ainsi que des reprises du précédent épisode et de la série Mario en général. L’avancée du projet du côté des développeurs était suivie de près par l’équipe sonore, qui ajoutait sans cesse de nouveaux morceaux alors que le jeu quittait son statut de simple extension au premier Galaxy pour devenir un titre presque entièrement nouveau. La présence de Yoshi est l’un des éléments avec lesquels les musiciens devaient s’accommoder.

Si Kôji Kondô reprend son rôle de superviseur et Mahito Yokota celui de compositeur principal, l’équipe musicale de Galaxy 2 compte un petit nouveau en la personne de Ryô Nagamatsu. Arrivé chez Nintendo en 2006, Nagamatsu a précédemment participé aux bandes originales de New Super Mario Bros. Wii et Cérébrale Académie Wii. Sur ce nouveau projet de grande envergure, il a pu profiter des conseils de Kondô. Lorsqu’il a écrit le thème de la carte du monde, Nagamatsu a voulu le rendre aussi réussi que possible, mais Kondô l’a refusé en lui expliquant que le principe d’un tel thème n’est pas d’être beau, mais d’encourager le joueur à aller vers le prochain monde. Pour Yokota, cette musique doit également aider le joueur à libérer la tension avant de continuer sa partie. Le résultat est un morceau doux qui tourne simplement en boucle.

La contribution de Kôji Kondô à la bande originale est elle-même un peu plus conséquente que dans le premier épisode, une volonté exprimée par le compositeur lui-même. Après deux pistes dans le premier (dont une reprise sous trois formes), il a écrit cinq morceaux dans le nouveau. Yokota lui-même a insisté pour que son mentor écrive certains thèmes, notamment celui de l’étoile Yoshi. Inquiet de lui donner une coloration trop proche du premier Galaxy s’il s’en occupait lui-même, il confia le soin à Kondô de l’écrire dans un style nouveau. C’est là que se situe l’une des grandes nouveautés du deuxième épisode : la présence d’un big band. Les thèmes dans ce style ont été enregistrés avec une dizaine de musiciens aux trompettes, trombones, saxophones et percussions.

Bien sûr, la grande spécificité des musiques de Galaxy 2 reste la présence d’un grand orchestre. Alors que celui du premier comptait 50 musiciens, celui du deuxième gonfle ce nombre à 60. Le chef d’orchestre n’est autre que Taizô Takemoto, connu pour avoir dirigé le concert Super Smash Bros. de 2002 et la tournée Press Start. Venu dans les locaux de Nintendo pour écouter les premiers extraits du jeu, Takamoto a étonné les développeurs en utilisant naturellement des termes typiques au jeu vidéo, preuve de son intérêt pour ce domaine. En retour, l’équipe de Galaxy 2 (Miyamoto y compris) s’est pressée aux portes du studio d’enregistrement pour assister aux séances en présence de l’orchestre. Ils étaient si nombreux qu’ils devaient se relayer pour avoir une chance d’entendre les musiques jouées.

Malgré tout l’investissement de Mahito Yokota et son équipe, Nintendo n’a choisi de distribuer l’album de la bande originale que par son club exclusif, en échange de points de fidélité. À la sortie du jeu en mai 2010, la presse a pourtant une nouvelle fois célébré la qualité de leur travail.

Source : Iwata asks traduit par Andriasang