Concert de Dragon Quest VII pour les 25 ans de la série

 

Dragon Quest est la série par laquelle est né le genre RPG au Japon, en 1986. Son statut de légende, elle le doit, entre autres, aux compositions de Kôichi Sugiyama. S’il donne de nombreux concerts symphoniques chaque année au Japon, 2011 est spéciale car il s’agit des 25 ans de la série. Assister à l’un d’eux représente une chance tout à fait inouïe, pour nous autres Occidentaux.

C’est bien la première fois que je vais à un concert dont j’ignore absolument tout. En réalité, je ne connais de Dragon Quest que le thème principal, et encore. Du peu que j’ai joué aux différents épisodes, rien ne m’a jamais transcendé ; pour ainsi dire, je n’aime pas vraiment cette série. Pourquoi aller à un concert symphonique de Sugiyama, dit sensei, dans ce cas ? Tout simplement parce que cet homme est une légende vivante, et que c’est l’occasion de découvrir quelque chose de nouveau. C’est donc le cœur léger que j’ai franchi les portes de la – jolie – salle du Tokyo Concert Hall, non sans avoir remarqué au préalable les stands de CD et partitions ainsi que les somptueux bouquets de fleurs offerts par l’équipe de développement du jeu et quelques célèbres chaînes de télé, témoignant de l’immense popularité de l’artiste du jour. Sugiyama est âgé, certes (il a 80 ans, ndlr), mais il lui reste une énergie assez impressionnante. S’il s’assoit par moments pour diriger l’orchestre, il lui arrive de se lever d’un bond et d’entraîner avec lui une explosion de puissance venant des cordes, ou bien d’exprimer une délicatesse tout en retenue lorsque les flûtes ou la harpe s’expriment en solo. En tout cas, ceux qui connaissent le Symphonic Suite de Dragon Quest VII ne seront pas surpris par le programme du concert, puisqu’il est en tous points identique. Les triomphantes « Overture » et « Triumphal Return ~ Epilogue » conservent ainsi toute leur fraîcheur candide, enrobée de quelques envolées épiques saisissantes. L’ajout d’une batterie lors de certains morceaux comme « Strolling in the Town » donne un peu plus de vivacité à l’orchestre, et parfois même quelques accents jazzy lorsque les clarinettes et les cuivres s’envolent.

Néanmoins, je ne mentirais pas : d’un point de vue purement musical, je sors avec un sentiment mitigé du concert. S’il est très abouti techniquement (cf plus bas), l’austérité générale me laisse un peu froid. L’ensemble manque d’envolées lyriques, mais surtout de mélodies vraiment marquantes. Impossible néanmoins de ne pas se réjouir lorsqu’on assiste à pareil événement. Oh, bien sûr, les concerts DraQue sont légion au Japon, et on ne compte plus les CD d’arrangements symphoniques, mais vivre l’expérience en live a quelque chose d’unique (encore une fois, surtout en tant qu’Occidental). C’est par Sugiyama qu’est née la musique de RPG telle que je la chérie, je suis donc heureux d’avoir pu lui rendre hommage en assistant à l’un de ses concerts, aussi peu original soit-il. Après la représentation, l’artiste donnait une poignée de main à qui le souhaitait ; c’est donc avec chaleur et sincérité que chacun est venu lui exprimer sa gratitude. Personnellement, je retiendrais cette phrase du sensei : « Il a fallu du temps au jeux de plateau comme le Go ou le Shôgi pour devenir des classiques, alors qui sait, peut-être que dans cent ans, les jeux vidéo seront eux aussi des classiques. J’y contribuerai autant que possible en continuant à produire des concerts de Dragon Quest. ».

– Clément

 

Le 3 août 2011 avait lieu au Tokyo Bunka Kaikan le 25ème « Family Classic Concert » dirigé et animé par le doyen de la musique de jeu, Kôichi Sugiyama. Signe de la popularité de la série, le concert était complet depuis des semaines et il aura fallu compter sur le lot de places mis en vente deux heures avant le début de la représentation pour obtenir le droit d’entrer dans la grande salle de ce bâtiment situé à deux pas du parc d’Ueno.

Une fois l’orchestre installé et alors que le silence s’installe, Kôichi Sugiyama marche à grands pas vers son pupitre avant de saluer le public. Quelques instants plus tard, la célèbre ouverture de Dragon Quest éclate et on se dit, un peu ému, qu’on a bien fait de venir. Aucune surprise pour les auditeurs familiers des albums symphoniques de celui que tout le monde appelle Sugiyama-sensei : la musique est assez austère dans sa forme, très loin des orchestrations éclatantes et hardies d’autres concerts de musique de jeu. Pourtant, sa richesse n’est pas là mais plutôt dans dans la beauté de ses jeux mélodiques, rythmiques et de couleur. Si Sugiyama dirige assis, il ne faut pas penser qu’il est grabataire : sa battue est énergique, précise, et ses entrées sur scène se font avec la démarche d’un jeune de vingt ans. Quand il raconte des anecdotes, ce n’est pas un homme de 80 ans fatigué par la vie mais un musicien pétillant et joueur qui se tient debout devant le public. La séance de « serrage de main » organisée après le concert a terminé de nous convaincre qu’il était en pleine forme puisqu’il a salué tous ceux qui souhaitaient lui signifier sa reconnaissance, soit plusieurs centaines de personnes. Au cours du concert, le compositeur a précisé avec une voix débordante de sincérité qu’il adorait la série Dragon Quest (on s’en serait douté !) et qu’il espérait que les auditeurs voyageaient avec sa musique comme les héros de ces jeux.

Malgré l’austérité qui fait presque la marque de fabrique de Dragon Quest, il est difficile de ne pas se laisser porter par l’ingéniosité et la science musicales de Sugiyama. Qui d’autre que lui dans le monde de la musique de jeu aurait pu écrire aussi bien les phrases virevoltantes de flûte de « Magic Carpet », le jazz orchestral à la Mancini de « Strolling in the Town » ou encore l’élan romantique des cordes de « Days of Sadness » ? En fait, si l’on reconnaît aussi facilement la musique de Dragon Quest, c’est en partie pour son son un peu ancien, mais aussi et surtout pour sa finesse et sa richesse musicale.

– Denys

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