Falcom, un exemple rare de libéralisation de la musique de jeu au Japon

Plus réputé au Japon qu’en Occident, où ses jeux ne sortent pas systématiquement, l’éditeur Falcom (Sorcerian, Ys, The Legend of Heroes) est connu par les joueurs comme un pilier du RPG japonais et un fournisseur important de musique de qualité. Alors que la plupart des ayants droit restent sur une gestion de catalogue traditionnelle et au cas par cas, Falcom tente des initiatives dont certaines méritent d’être étudiées.

Septembre 2005 : premiers pas

À l’automne 2005, le groupe Famitsu ouvre un portail « Famitsu Game Music » sur ListenJapan, un site de téléchargement de musique. Aux côtés de Falcom, qui fournit pour l’occasion 3000 morceaux, on trouve Taito, Sega, Team Entertainment ou encore Capcom. Les fichiers sont alors au format wma et protégés par un système de DRM (Windows Media DRM10) qui en rend la copie sur certains terminaux particulièrement pénible. Le service se déleste finalement de son activité de téléchargement en 2013, mais investit iTunes en février 2006, soit un peu moins d’un an après Square Enix, sans doute le plus grand fournisseur de musique de jeu sur internet.

Depuis cette première initiative, les offres faisant passer des albums de Falcom à 500 yens (3,80€) ou la piste à 10 yens (8 centimes) sont monnaie courante et témoignent d’une certaine agressivité commerciale que peu d’éditeurs osent, à l’exception peut-être de Sony ou de noisycroak.

falcom 01

Juin 2009 : libéralisation des morceaux

Le 5 juin 2009, Falcom publie un communiqué officialisant « pour la première fois dans le monde un essai concrétisant la volonté de faire parvenir sa musique non seulement aux fans de musique de jeu vidéo, mais aussi au plus grand nombre ». Concrètement, la société autorise quiconque, amateurs et professionnels, à utiliser sa musique librement en l’échange d’une mention sous la forme « Titre du morceau/Titre de l’album/ Copyright© Nihon Falcom Corporation ».

Cas concernés par cette utilisation libre (liste non exhaustive) :

  • musique de fond pour des vidéos personnelles ou publiques (mariage, présentations, etc.),
  • musique de fond pour des programmes documentaires, d’information, de variété,
  • musique de fond pour des programmes radio ou des sites web,
  • interprétation lors de concerts professionnels ou amateurs, de concours de musique,
  • diffusion dans des lieux publics (écoles, parcs de loisir, magasins, cinémas, etc.)
  • utilisation en musique de fond pour des activités culturelles ou politiques.

Les utilisations suivantes sont en revanche limitées sans l’autorisation de l’ayant droit :

  • utilisation dans des jeux, y compris gratuits,
  • vente d’arrangements des morceaux,
  • revente des morceaux en tant que sonneries notamment,
  • reproduction physique ou numérique pour un tiers,
  • utilisation dans des cadres contraires à l’ordre public.

On peut supposer que l’une des motivations de cette libéralisation est le constat que gérer ses droits est plus onéreux et pénible que de laisser les utilisateurs y avoir recours contre quelques règles de bon sens. En effet, pour un éditeur qui n’a pas recours aux services de la JASRAC (équivalent japonais de la SACEM), il fallait jusqu’ici traiter chaque demande, émettre des factures, suivre les paiements, probablement faire la chasse aux infractions, etc. Désormais, l’éditeur ne s’occupe plus de ce genre de demandes et fait des économies.

Sur le site de Falcom, on trouve des dizaines d’exemples d’utilisations qui vont de la vidéo de train à la radio internet.

falcom02

Automne 2015 : Ouverture du catalogue au streaming

Le 20 novembre 2015, Falcom lance la diffusion sur six services de streaming payants (Apple Music, Line Music, Amazon Prime Music, Google Play Music, AWA, KKBox) de 4591 morceaux de son catalogue. Ils peuvent désormais être écoutés dans 103 pays dont la France. Fin janvier 2016, la majorité de ces titres (4199), des premiers Ys à Tokyo Xanadu, est ajoutée sur Spotify et peut donc être consultée sur les consoles PlayStation. Onze albums sont également proposés en haute résolution sur le service mora (Sony).

Assez peu connu en Occident, le catalogue de Falcom mérite pourtant le détour et il serait dommage de passer à côté de ce grand corpus mêlant rock, musique classique et chanson maintenant qu’il est à portée de main. Parmi ces presque trente ans de musique, quelles sont vos bandes originales préférées ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.