Critique : Drakengard 3 Original Soundtrack

Depuis le succès mérité de la bande originale de Nier, il y a quatre ans, le nom de Keiichi Okabe et celui de son studio Monaca ont réussi à s’offrir une place dans la liste des compositeurs de jeu vidéo japonais à surveiller. Comme une suite logique, Square Enix a fait appel à eux pour écrire la musique de Drakengard 3, nouvel épisode de cette franchise dont Nier est considéré comme un hors série. L’exploit, malheureusement, n’a pas été reproduit.

Car ce qui faisait toute la fraîcheur des musiques de Nier s’est presque totalement envolé, pour laisser place à une bande originale bipolaire très vite lassante, faute de diversité. Chacun des deux disques s’inscrit en effet dans un style particulier, qui ne varie presque pas. Le résultat était inévitable : ce qui paraît réussi dans un morceau unique semble s’émousser à chaque nouvelle piste exploitant la même approche. Sur le premier CD, nous avons une sélection de musiques d’inspiration orchestrale qui peuvent sembler intenses pour le premier auditeur venu, mais dont les rythmiques simplistes et les sonorités synthétiques un peu plates n’ont pas tellement de saveur. La deuxième partie de tous ces thèmes de combat voit l’intervention d’un chant, correspondant à l’une des particularités du système de jeu, ce qui apporte un brin de piquant, mais qui ne peut pas non plus tout sauver.

Quelques-unes de ces pistes belliqueuses sortent heureusement du lot. C’est le cas de « Prevolt », plus enlevée, mais surtout de « Pulchregeist » et « Wilderblades », qui abandonnent les orchestrations frénétiques au profit d’instruments plus épars et légers : la première n’est pas sans rappeler « The Incomplete Stone » de Nier. Ce premier CD est d’ailleurs soulagé par la présence d’une poignée de musiques atmosphériques rafraîchissantes, et des chansons paisibles, qui voient d’ailleurs l’intervention de la délicieuse Emi Evans. Sans oublier « Exhaustion », chanson du premier Drakengard, revisitée par son auteur Nobuyoshi Sano lui-même… mais sans trop de différence.

Drakengard 3

En se lançant dans le deuxième CD, on se demande ainsi à quoi s’attendre… Après la « Kuroiuta » (chanson noire) d’Eir Aoi et sa spectaculaire accélération centrale, le style unique qui nous collera aux oreilles pendant dix pistes commence. Un déferlement de musique électronique aux accents rock et au chant étouffé, ce qui est plutôt surprenant mais tout de même accrocheur. Sauf qu’une fois encore, ce qui peut être marquant sur une première piste, « Exvulsion » ici, devient lassant à force d’écouter la même ligne stylistique ininterrompue. Les mélodies elles-mêmes se répètent, ce qui ajoute à ce sentiment d’homogénéité ; la seule un peu inattendue est celle de « Corroscience », sorte d’incantation lancinante, composée par Akitaka Tohyama.

Au bout de longues minutes de ces rythmes de marteau-piqueur, l’oreille épuisée tombe sur « Kuroiuta », par Emi Evans cette fois, et revit. L’interprète pose ensuite sa voix délicate sur « The Last Song », une chanson reprenant les mélodies évoquées dans les autres pistes, mais avec un arrangement tellement plus varié et intéressant qu’on en vient à regretter de ne pas avoir entendu tout cela auparavant. Le rythme accélère et ralentit en volant d’un thème à un autre, avec comme renfort bienvenu des flûtes et percussions japonaises, qui illustrent la petite dose de diversité manquant cruellement au reste de la bande originale.

La chanson « This Silence Is Mine » conclut l’album sur une note poignante incroyable. Chihiro Onitsuka la chante d’une voix sombre, grave, affligée ; une véritable merveille, enfin une chanson thème inspirée et ambitieuse !

On ne peut malheureusement pas en dire autant de la grande majorité des musiques de la bande originale de Drakengard 3, qui en fin de compte ne donne la sensation d’écouter que deux lignes droites, surexploitant beaucoup trop deux styles radicalement opposés. Certes, Monaca a rendu un travail propre. On y pioche bien quelques passages prenants, en oubliant finalement un peu dans quels morceaux ils se trouvaient. Mais outre les quelques chansons qui savent se démarquer, il est difficile de trouver dans cet album le même exotisme enivrant que dans Nier.

Jérémie

Avis : Moyen

Coups de cœur :

  • The Last Song
  • This Silence Is Mine

Des extraits sont proposés sur le site officiel de Drakengard 3, section Médias, puis Musique.

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